Exposition Métal Hurlant

Le vaisseau Métal Hurlant s’est posé à Bruxelles au Musée de la Bande Dessinée. Un véritable jalon, un style et une liberté qui ont marqué le Neuvième art, une vraie (re)découverte tellement bien mise en avant par une scénographie qui nous emmène ailleurs le temps de la visite.

Je vais tenter de vous convaincre dans les quelques minutes qui suivent de filer la voir vous-mêmes jusqu’au 17 mai 2026 dans la capitale belge. Vous ne regretterez pas le voyage !

C’est toujours un plaisir de découvrir les expositions temporaires du temple de la bande dessinée à Bruxelles. Mais avant de vous parler de son contenu – hautement recommandable – j’aimerais vous dire un mot sur le bâtiment qui abrite la noble institution bruxelloise.

Situé dans les anciens locaux du grand magasin de tissus Waucquez, le Centre belge de la bande dessinée – d’après son nom officiel – est tout autant intéressant à visiter pour son contenu que pour son écrin, modèle admirablement préservé de l’Art nouveau à Bruxelles.

Autrement connu sous le nom de « Musée de la BD », le centre a ouvert dans ce lieu en 1989, l’immeuble lui-même a été construit en 1906 d’après les plans de l’architecte star de Bruxelles à l’époque, Victor Horta. Le grand magasin a définitivement cessé ses activités en 1974 et a été classé dans la foulée, garantissant sa préservation jusqu’à nos jours. Si la façade est sobre, on retrouve à l’intérieur beaucoup d’éléments typiques du mouvement Art nouveau : le grand hall à colonnes, les mosaïques du sol en marbre, les verrières et vitraux, les ferronneries des rampes d’escaliers et les rambardes, etc.

Le musée a modernisé l’ensemble afin de répondre aux besoins d’un espace d’exposition tout en respectant les lignes d’origine. Un très bel exemple de réaffectation d’un bâtiment historique remarquable.

Les anciens magasins Waucquez devenus Centre belge de la bande dessinée

Embarquement immédiat, c’est le nom de l’exposition de passage au Musée de la bande dessinée. Après l’avoir vue, vous saurez tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le magazine culte Métal Hurlant sans jamais avoir osé le demander.

Fêtant les cinquante années d’existence de ce phénomène de la presse indépendante destiné à un public adulte, né en pleine libération des mœurs au mitan des années 1970, l’expo retrace le parcours du magazine subversif et nous présente ses créateurs ainsi que les artistes-phares qui ont participé à sa légende.

Les couvertures du magazine de BD Métal Hurlant première période

Lancé en 1975 par trois dissidents du journal Pilote, Jean-Pierre Dionnet, Philippe Druillet et Jean Giraud (alias Mœbius), qui s’associent alors à Bernard Farkas pour créer les éditions Les Humanoïdes Associés, le magazine traverse les modes, non sans écueils (censure, interdiction d’afficher en kiosque les couvertures jugées trop osées, discordes entre membres, etc.), il connaît même rapidement une déclinaison américaine sous le nom de Heavy Metal, nettement moins rebelle que le vaisseau-mère, dit-on. Finalement l’aventure française s’arrête en 1987, refait une timide tentative au début des années 2000 pour mieux renaître en 2021 avec une nouvelle formule qui tient plus du volume de luxe que du simple magazine.

Parmi les visages derrière cette aventure, Dionnet est un passionné de cinéma et de science-fiction, journaliste, scénariste de bande dessinée, il est aussi un interlocuteur aux connaissances insatiables sur le sujet du cinéma bis (ma première rencontre avec lui fut à travers mon petit écran dans les années 1990, c’était l’émission Destination Séries sur feu la chaîne Canal Jimmy qu’il coanimait avec Alain Carrazé).

Couvertures en lien avec le cinéma, dessin de Mœbius et couverture par Ugo Bienvenu pré-Arco

Jean Giraud, auteur de BD déjà célèbre au moment de la création de la publication avec sa série western Blueberry, devient sous le pseudonyme de Mœbius un artiste plus libre, prêt à tous les défis graphiques et expérimentations scénaristiques. Rapidement repéré par le cinéma, il travaille avec le réalisateur chilien Alejandro Jodorowsky sur l’adaptation de Dune que celui-ci tente de développer dans les années 1970, on le retrouve ensuite sur des films aussi marquants que Alien, Tron, Les Maîtres du Temps et Abyss. Tour à tour dessinateur, storyboarder, designer, à bord du vaisseau Métal Hurlant, il réalise des planches et des couvertures pendant plusieurs années.

Philippe Druillet est un dessinateur qui a trouvé avec Métal Hurlant l’asile idéal pour expérimenter avec ses dessins et ses histoires. Véritable touche à tout, lui aussi grand fan de cinéma, il a dessiné les affiches de deux films de Jean-Jacques Annaud, La Guerre du Feu et Le Nom de la Rose.

La très belle scénographie de l’exposition Métal Hurlant : Embarquement Immédiat

On ne compte plus les collaborateurs de longue durée ou de passage qui ont fait leurs classes dans Métal Hurlant avant de se lancer dans la publication en albums. D’autres artistes déjà confirmés ont trouvé dans ces pages une liberté inédite : des noms aussi prestigieux que Tardi, Bilal, Schuiten, Caza, Caro jalonnent ainsi l’histoire du journal.

Mais aussi des artistes reconnus dont l’univers colle parfaitement avec les thèmes abordés dans la revue spécialisée. Parmi eux, comment ne pas mentionner H.R. Giger, même s’il n’a jamais réalisé une œuvre spécifiquement pour le magazine, deux de ses peintures sont reprises sur des couvertures.

Et n’oublions pas que dans les pages du périodique, on ne parlait pas que de BD – pour preuves les nombreuses couvertures avec Star Wars, Blade Runner, Tron (même si c’était souvent pour démonter ces films, en vrai). Des rubriques se consacraient au cinéma et à la musique, entre autres. C’est là qu’un certain Philippe Manœuvre, tout jeune pigiste passionné de rock, fera ses classes d’une certaine façon, avant de coanimer avec Dionnet l’émission Les Enfants du Rock, une émission d’Antenne 2 (pré-France 2) qui a marqué toute une génération.

Métal Hurlant originale et nouvelle générations : dessins de Beb-Deum, Chantal Montellier, Jorg De Vos

Vous retrouverez sur cette page plusieurs dessins et planches par les artistes, jeunes et moins jeunes, qui ont marqué la première génération ou qui participent au reboot de Métal Hurlant depuis 2021. Avec cette nouvelle garde, on retrouve l’influence des manga et de l’animation 3D.

Tout cela est savamment classé au sein de l’expo par genre ou sous-genre de la science-fiction, lui-même représenté par un.e artiste emblématique :

  • Dystopie
  • Cyberpunk
  • Post-apocalyptique
  • Hard science
  • Space opera
  • Biopunk

Oeuvres de Olivier Ledroit et de H.R. Giger

Métal Hurlant revient donc dans sa forme actuelle sous l’impulsion du Belge Jerry Frissen, un scénariste de BD expatrié à Los Angeles.

Évidemment, la liberté d’expression ayant évolué depuis les débuts, les sujets qui choquaient hier ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Par contre, les thèmes qui inquiètent n’ont eux pas fondamentalement changés : sociétés autoritaires, futur incertain, extrapolations technologiques, la machine ou l’IA qui remplacent l’homme… Un terrain de jeux intellectuel sans limite mais surtout très masculin à l’origine, la femme trop souvent réduite à un objet de désir ou de plaisir dans les thèmes traités (si on ne peut pas réécrire le passé, on peut fort heureusement le critiquer et faire évoluer les choses), et les choses ont évolué là aussi, les portes se sont ouvertes sur plus de diversités et de points de vue féminins avec des artistes telles que Lolita Couturier, Daria Schmitt, Elene Usdin suivant les traces des précurseuses Chantal Montellier et Nicole Claveloux.

Des auteurs comme Elie Huault, le Néerlandais Pim Bos, Beb-Deum ou le Belge Eliot participent toujours à continuer le « style Métal Hurlant » et sont à découvrir lors de l’exposition avec de très belles planches ou dessins en pleine page.

Illustrations et planches de Lolita Couturier, Laurent Durieux et Philippe Caza

Une dernière note sur le cinéma puisqu’un long métrage animé est né au plus fort de la réputation de Métal Hurlant de l’autre côté de l’Atlantique. Initié entre les publications française et américaine, il sera finalement porté par la version US uniquement suite à des discordances avec la maison-mère. Son titre, tout naturellement : Heavy Metal (1981), suivi d’un second opus en 1999 et même d’une série en « live action » en 2012, Métal Hurlant Chronicles.

Et pour finir ce lien avec le Septième art, l’artiste belge Laurent Durieux, célèbre pour ses relectures d’affiches de films cultes, a dernièrement créé la couverture du 50e anniversaire de Métal Hurlant.

Installation graphique et sonore Géophonie par Jean Dalin et le studio Interval

C’est ici que prend fin le voyage vers les mondes mystérieux et irrévérencieux de la revue de science-fiction.

Je vous encourage à faire le déplacement jusqu’à Bruxelles avant le 17 mai 2026 pour découvrir cette expo de qualité qui ravira les connaisseurs et fascinera les amateurs qui débutent en tant que lecteurs, le Neuvième art a en effet tant à offrir aux plus curieux d’entre nous.

« Métal Hurlant. Embarquement immédiat ». Exposition. Musée de la BD

Différente de l’expo montée à Tourcoing quelques mois plus tôt, cette expo généreuse est l’une des meilleures consacrées à la BD que j’aie pu voir.

Découvrir d’autres expositions sur le blog.

Photos : @Simply.Mad 2026

Publié par Simply.Mad

Geek, cinéphile, fan de science-fiction et de bande dessinée. Aime un peu trop le chocolat.

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