L’Orient-Express continue de faire rêver

Les deux films du Crime de l'Orient-Express en blu-ray

Je m’appelle Hercule Poirot et je suis sans doute le plus grand détective du monde.

Hercule Poirot (Kenneth Branagh)

Un train de légende, des destinations de rêve, le temps de prendre le temps… et un meurtre ! Quand on pense à l’Orient-Express, dans l’inconscient populaire c’est invariablement à Hercule Poirot que l’on pense en premier.

Agatha Christie, née Miller en 1890, se lance dans l’écriture avec un genre résevé à l’époque aux romans de gare, mais qu’elle va participer à élever au niveau de « vraie » littérature : le roman policier. Après quelques publications qui ne rencontrent pas le succès, elle publie en 1920 La Mystérieuse Affaire de Styles qui met en scène un petit détective belge aux belles bacchantes : Hercule Poirot est né et le succès ne se fait pas attendre. Il apparaîtra ainsi dans 33 romans, deux pièces de théâtre et plusieurs histoires courtes sous la plume de l’auteure.

Poirot est un ex-policier de Bruxelles qui a quitté la Belgique pour l’Angleterre pendant la Première Guerre Mondiale et devient par la suite détective privé. Pourquoi ce choix de nationalité pour son personnage fétiche ? Car Christie était infirmière bénévole pendant la Grande Guerre et elle a croisé bon nombre de ces soldats belges blessés et réfugiés à Torquay dans le Devon, en bordure de la Manche, où elle résidait. Devenue assistante en pharmacie, ces années de guerre ont aussi été très formatives puisqu’elle y a développé un certain intérêt pour les poisons qu’elle utilisera régulièrement dans ses romans.

Un siècle plus tard, Agatha Christie est l’auteur de bestsellers le plus traduit – et donc le plus lu – au monde, et les nombreuses adaptations de ses écrits au théâtre, au cinéma et à la télévision n’ont fait que renforcer ce statut unique. Hercule Poirot apparaîtra dès 1931 sur grand écran dans le film Alibi (adapté de la pièce de théâtre du même nom) sous les traits de l’acteur Austin Trevor, qui reprendra le rôle dans deux autres aventures.

Il faudra attendre 1974 pour que Le Crime de l’Orient-Express, publié en 1934, soit enfin adapté au cinéma. L’histoire est inspirée d’un fait atroce ayant défrayé la chronique dans le monde occidental en 1932 : le kidnapping et meurtre du fils – âgé de 20 mois – du célèbre aviateur américain Charles Lindbergh. À cela Christie ajoute en toile de fond une mésaventure subie en 1929 par le train Simplon-Orient-Express bloqué par un blizzard pendant plusieurs jours en Turquie. Elle connaissait bien l’Orient-Express pour l’avoir emprunté plusieurs fois.

Exposition Orient-Express au musée Train World de Bruxelles

Si j’ai eu envie d’aborder le sujet, c’est suite à ma visite il y a quelques mois de l’exposition Orient-Express au sein du magnifique musée Train World de Bruxelles. Installé dans la gare de Schaerbeek et rendu vivant par la scénographie du dessinateur François Schuiten, le musée vaut déjà le coup d’oeil à lui seul, ajoutez-y deux voitures restaurées du train légendaire et quelques affiches, documents et photos de la grande aventure de la Compagnie internationale des wagons-lits et impossible pour moi d’y résister !

Saviez-vous que la Compagnie internationale des wagons-lits (CWL), et donc l’Orient-Express et les autres trains de luxe exploités par la société, était une création belge ? C’est en effet l’entrepreneur belge Georges Nagelmackers qui ramena d’un voyage aux États-Unis l’idée d’adapter au continent européen les trains-couchettes exploités par Pullman. Reliant Paris à Vienne dès 1883, ensuite Venise et ouvrant la voie jusque Constantinople (nom d’Istanbul à l’époque), et déclinés en plusieurs autres lignes desservant chacune des lieux de villégiature exotiques pour le voyageur de la fin du 19ème et le début du 20ème siècle (dont le fameux Train bleu qui reliait Calais à l’Italie dès 1922 et qui inspira un autre roman de Christie… et devinez quoi ? Poirot est de la partie !), les trains de Nagelmackers sont à l’origine des voyages internationaux tels que nous les connaissons de nos jours en Europe. Le TGV mettra fin à l’aventure plus d’un siècle plus tard, et si quelques voyages-événements pour passagers nantis ont encore eu lieu dans les années 2000, l’Orient-Express et ses trains cousins n’existent plus que comme pièces de musée.

Rachetées par la SNCF et restaurées avec grand soin par des artisans, ce sont sept voitures Pullman-Orient-Express que l’on peut voir régulièrement exposées depuis quelques années. À Train World, pour l’expo temporaire qui s’est terminée en avril 2022, ce sont deux voitures qui ont ainsi été prêtées au musée : la voiture restaurant Riviera 2979 et la voiture bar Côte d’Azur 4148.

L’Orient-Express; film (1974) vs réalité (2022)

Mais venons-en aux films.

Petit tour des lieux de tournage des deux longs métrages qui ont été tirés du roman :

  • Le Crime de l’Orient-Express réalisé par Sidney Lumet en 1974 : un casting 5 étoiles avec le gratin du cinéma de l’époque, dont des vieux couteaux et quelques vedettes montantes – Ingrid Bergman (qui remporte l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour ce film grâce à un plan séquence de 4 minutes où elle parle son suédois natal), Lauren Bacall, Sean Connery, Vanessa Redgrave, Richard Widmark, John Gielgud, Martin Balsam, Anthony Perkins, Jacqueline Bisset, Michael York et Jean-Pierre Cassel pour la touche française.

Comme dans le roman, Hercule Poirot monte à bord de l’Orient-Express à Istanbul pour rentrer à Londres; son ami Monsieur Bouc, le directeur de la CWL, lui trouve une cabine en deuxième classe, guère dans ses habitudes mais il y a urgence ! Poirot est ici joué par le grand acteur anglais Albert Finney qui se glisse à merveille dans la peau du petit bonhomme tiré à quatre épingles, même si l’auteure elle-même fera savoir qu’elle n’apprécie pas sa petite moustache lisse, alors qu’elle a décrit de belles grandes moustaches pour son personnage ! Le train est stoppé quelque part en Yougoslavie (sans doute l’actuelle Croatie) par une congère et naturellement un meurtre a lieu à bord, ce qui va titiller les petites cellules grises de notre détective.

Locomotive à vapeur, wagon Pullman et sa voiture bar dont les fauteuils sont les exactes copies de ceux vus dans le film de 1974.

Les scènes intérieures ont été pour la plupart filmées aux studios Elstree en Angleterre – à l’exception de la gare d’Istanbul recréée près de Paris – et pour les extérieurs, après la scène d’introduction tournée sur place à Istanbul (quartier de Salacak sur la rive asiatique de la mégapole turque), c’est principalement en France que les scènes où le train circule ont été tournées (sans les acteurs, bien entendu) : les montagnes du Jura doublent ainsi les monts yougoslaves du roman et d’autres vues ont été filmées dans le département du Doubs, entre autres.

Pour le train, il fut difficile à l’époque du tournage de localiser des voitures du vrai Orient-Express, c’est donc un savant mélange de vrais et de faux wagons de la CWL qui apparaissent à l’écran, mais tirés par une vraie locomotive à vapeur d’époque.

La voiture bar et sa décoration rénovée fidèlement à ce qu’elle était dans les années 1930, en pleine mode Art Déco.

Produit pour un montant très raisonnable au vu de son casting, le film remporta un franc succès dans le monde et relancera les adaptations des romans de Christie avec toujours un casting fabuleux (le rôle de Poirot sera repris par Peter Ustinov dans les suites).

Scènes du film de Kenneth Branagh à Malte et en studio; film (2017) vs réalité (2001 et 2022)

  • Le Crime de l’Orient-Express réalisé par Kenneth Branagh en 2017 (et qui s’octroie en prime le rôle du détective) : on ne jette pas une recette qui a fait ses preuves, le casting réunit stars confirmées et vedettes en devenir – de Michelle Pfeiffer et Johnny Depp à Judi Dench et Derek Jacobi, en passant par Olivia Colman et Daisy Ridley.

Branagh distille quelques changements par rapport au roman : la scène d’introduction à Jérusalem où Poirot résout un crime est inventée de toutes pièces. Au moment du récit, une bonne dizaine d’années avant la création de l’état d’Israël, la Palestine est sous mandat britannique, ce qui explique la présence de l’armée de Sa Majesté sur place. Quelques scènes d’action sont ajoutées ici et là afin d’ajouter du rythme pour les spectateurs du 21ème siècle qui trouveraient peut-être barbante cette enquête bavarde (ce qui n’est pas mon cas).

La voiture restaurant Riviera 2979 exposée à Train World

Le tournage a eu lieu à Malte (La Valette double Jérusalem et le port duquel Poirot quitte la Palestine) et principalement en studio dans ceux de Longcross en Grande-Bretagne. En effet, le train n’a pas quitté le sol anglais et ce sont des scènes de paysages filmés en parallèle qui ont été incrustées au film qui use par ailleurs de beaucoup d’écrans verts. Ainsi la neige est fausse (la congère est devenue carrément une avalanche), les montagnes sont ajoutées numériquement (images filmées en Suisse, Italie et en Nouvelle-Zélande)… même l’intérieur du train est faux puisque l’on peut voir, par exemple, dans le making of du film que le couloir et l’espace entre les tables de la voiture restaurant sont beaucoup plus larges que dans le vrai Orient-Express.

Murder on the Orient Express | Go Inside The Orient Express In 360° | 20th Century FOX

L’intérieur grandiose de la gare d’Istanbul a lui aussi été fabriqué en studio, tout comme la petite gare de Brod en fin de métrage. Lorsque les personnages circulent ou sont assis dans le train, les acteurs regardent en fait défiler les paysages sur des écrans qui diffusent les images filmées auparavant. Cela vend moins de rêve pour les acteurs pendant le tournage, mais à l’écran l’effet est quasi indécelable, sans doute aidé par le choix de filmer sur pellicule en 65 mm, format devenu rare de nos jours et qui donne ce cachet glamour nécessaire au film. On peut aussi remarquer la grande attention apportée aux costumes et décors qui recréent à la perfection l’ambiance Art Déco des années 1930.

Expo Orient-Express à Train World à Bruxelles

Le saviez-vous ? C’est Michelle Pfeiffer que l’on entend interpréter au générique de fin la chanson Never Forget.

« Never Forget » Performed by Michelle Pfeiffer | 20th Century FOX

Le film a remporté un succès certain, engrangeant plus de 350 millions de dollars dans le monde pour un coût initial de 55 millions (les stars coûtent très cher de nos jours).

La partie de l’expo Orient-Express consacrée aux oeuvres mettant en scène le train de luxe.

Pour terminer, sachez qu’il existe deux autres adaptations de ce roman, cette fois pour la télévision : un téléfilm américain de 2001 avec Alfred Molina dans le costume de Poirot et l’épisode de la série consacrée au petit détective avec l’impeccable David Suchet dans le rôle, diffusé en 2010.

Vous pouvez retrouver plus d’images tirées des deux longs métrages Le Crime de l’Orient-Express dans la rubrique Galerie de photos du site.

Et Les Petits Meurtres d’Agatha Christie dans tout ça ?

Photos : @Simply.Mad 2022 (et captures d'écran des Blu-rays des deux films Le Crime de l'Orient-Express, 2019 et 2018).

Publié par Simply.Mad

Geek, cinéphile, fan de science-fiction et de bande dessinée. Aime un peu trop le chocolat.

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