Un tour d’Europe avec Walt Disney

La deuxième étoile à droite et tout droit jusqu’au matin.

Peter Pan

The Walt Disney Company a fêté son 100e anniversaire en 2023, et comme beaucoup je me suis replongée à cette occasion dans plusieurs classiques du studio historique. Accompagnez-moi pour un voyage dans l’Europe rêvée par Walt Disney et ses successeurs avec quelques-uns des 60+ longs métrages animés produits !

Le Londres de Peter Pan, Alice au Pays des Merveilles, Mary Poppins, Les 101 Dalmatiens et Basil Détective privé, le Paris des Aristochats ou du Bossu de Notre-Dame, les châteaux inspirés par ceux de la Loire, de la Bavière et d’ailleurs dans les films Cendrillon, La Belle au Bois Dormant, La Belle et la Bête et Raiponce… Consciemment ou pas, ces visuels ont marqué notre enfance et nous ont fait rêver dans les merveilleuses histoires créées par Disney.  

Je vous propose de revenir sur certains de ces films à travers quelques lieux cultes et inspirations évidentes en comparant ces mêmes endroits sous leur forme dessinée avec leur apparence réelle au 21e siècle.

  • Peter Pan (1953) réalisé par Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske

Le 14e classique animé de Disney est une adaptation de la pièce de J. M. Barrie créée en 1904 et publiée en roman en 1911 sous le titre Peter et Wendy, sans aucun doute un grand classique de la littérature jeunesse et un sujet qui colle tellement bien à Walt Disney, l’homme qui a gardé son âme d’enfant toute sa vie ! De Big Ben à Hyde Park, Peter emmène les enfants Darling dans une aventure folle au Pays Imaginaire; lors de la première scène d’envol, lorsque Peter vient chercher Wendy et ses frères, accompagné de la Fée Clochette dont la poussière d’atmosphère va permettre aux enfants de s’envoler dans le ciel, la petite troupe survole plusieurs lieux iconiques de la capitale britannique : ils s’arrêtent sur les aiguilles de l’horloge du Palais de Westminster, nommée Great Westminster Clock mais plus connue sous l’appellation Big Ben (qui est en fait le nom de la cloche principale qui sonne toutes les heures), ensuite direction Hyde Park et les jardins de Kensington, les enfants passent au-dessus des étendues d’eau où les cygnes barbotent, avant de suivre le cours de la Tamise vers Tower Bridge.

Saviez-vous qu’une statue célèbre d’ailleurs le garçon qui ne voulait pas grandir dans les jardins de Kensington, toute proche du Long Water ? Depuis 1912, l’œuvre de Barrie est ainsi honorée par une sculpture en bronze de Sir George Frampton.

Quelques lieux iconiques à Londres en rapport avec le Peter Pan de Barrie et celui de Walt Disney.

  • La Belle au Bois Dormant (1959) réalisé par Clyde Geronimi

Depuis Blanche-Neige et les Sept Nains en 1937, on savait l’influence évidente des contes européens sur Walt Disney, cette fois-ci son équipe s’empare d’une histoire popularisée par Charles Perrault au 17e siècle et remaniée par les frères Grimm un siècle plus tard. Le 16e classique animé du studio propose sa propre version de l’histoire et pour l’aspect visuel, les artistes s’inspirent de plusieurs châteaux médiévaux et Renaissance, anciens ou modernes, la source la plus évidente étant le château de Neuschwanstein en Allemagne (que l’on peut également deviner dans le château de Cendrillon en 1950). Ce palais de conte de fées voulu par le roi Louis II de Bavière a également vu passer le tournage de « vrais » films dont je vous parlais d’ailleurs ici. Lorsque vous voyez de loin ce château apparaître à flanc de montagne, vous êtes automatiquement plongé.e dans un monde fantastique, effet garanti !

Le château de Neuschwanstein en 2012 et le château de Disneyland Paris en 2023.

Ce château est une des influences majeures de celui qui est devenu l’emblème des Studios Walt Disney que l’on voit au début de chaque film – animé ou non – un logo qui est également l’attraction centrale, visuellement reconnaissable, de tous les parcs Disney dans le monde.

  • Les Aristochats (1970 ) réalisé par Wolfgang Reitherman

Le 20e classique d’animation du studio place son action dans le Paris du début du 20e siècle, nous y suivons les mésaventures d’une famille de félins domestiques vivant dans la haute bourgeoisie de la Ville Lumière. Histoire classique de convoitise d’héritage et de confrontation des classes sociales transposée avec des chats, c’est surtout la bande son jazzy qui marque les esprits – dont la chanson-titre interprétée par Maurice Chevalier en anglais et en français. Il s’agit du dernier long métrage approuvé par Walt Disney avant son décès en 1966.

Neuschwanstein en Bavière, Notre-Dame de Paris; films (1959, 1970) vs réalité (2012, 2017)

Le film s’ouvre sur une vue de la tour Eiffel alors que la calèche de Mme Bonnefamille traverse un pont inspiré de ceux qui enjambent la Seine plutôt du côté de l’île de la cité… En effet, si l’on replace la tour de métal dans le Paris de 1910 comme dans le film, on s’aperçoit vite qu’aucun pont, même à l’époque, ne correspondait à ce style architectural. Ce qui tend bien à prouver que les dessinateurs de chez Disney s’inspirent d’un lieu sans chercher réellement à le copier trait pour trait.

Plus tard, le vil majordome Edgar passe devant la cathédrale Notre-Dame, il quitte la ville afin de se débarrasser des chats dont il convoite l’héritage. Il faudra toute l’astuce et le courage d’une bande de chats de gouttière pour les secourir; ceux-ci et la souris Roquefort passent devant le célèbre Café de la paix situé place de l’Opéra.

  • La Belle et la Bête (1991) de Gary Trousdale et Kirk Wise

Passons maintenant au 30e classique animé de Disney qui est sans doute mon préféré, adaptation du conte de Mme Leprince de Beaumont rédigé au 18e siècle et maintes fois porté à l’écran. L’héroïne du film, Belle, vit dans un petit village de province qui ressemble fortement à ceux que l’on retrouve le long de la route des vins en Alsace. Source d’inspiration, la très touristique Riquewihr a pu garder son cachet authentique avec ses maisons colorées à pans de bois, sa fontaine où les habitants venaient autrefois tirer l’eau potable quotidiennement, sa campagne avoisinante et non loin, la forêt massive des monts où se hissent des châteaux forts. La Bête semble si proche… Pour la demeure de ce dernier, plusieurs châteaux de la Loire ont été visités par les animateurs en guise de recherche : Chambord, Blois, Chenonceau… surtout pour les intérieurs et décors qui allaient ensuite voir déambuler Lumière, Big Ben, Mme Samovar et Zip dans le film.

Riquewihr, village typique d’Alsace

Le film fut la première œuvre d’animation à remporter le Golden Globe du meilleur film musical ou de comédie, il reçut également celui de la meilleure musique pour Alan Menken. Nominé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film (là aussi une première), il ne remporta pas la statuette et il fallut attendre 2002 pour que l’Académie crée enfin la catégorie meilleur film d’animation.

  • Le Bossu de Notre-Dame (1996) de Gary Trousdale et Kirk Wise

Autre libre adaptation d’une histoire ultra connue – le roman de Victor Hugo Notre-Dame de Paris datant de 1831 – le 34e classique animé de Disney édulcore sévèrement un récit autrement plus sombre que cette comédie musicale à la fin heureuse (au contraire du livre). Comme dans sa source, la cathédrale Notre-Dame a le beau rôle, l’action du long métrage animé s’y passant quasi exclusivement, recréant le Paris médiéval sous la coupe du clergé.

Est-il besoin de présenter la cathédrale dont la construction débutée au 12e siècle se termina seulement deux siècles plus tard ? Véritable icône de la capitale, c’est un des lieux les plus visités de Paris et une des cathédrales les plus connues au monde. Pas étonnant qu’elle ait inspiré Hugo pour son roman-fleuve et que ses gargouilles aient pris vie pour le film de Disney.

Le Café de la paix et la cathédrale Notre-Dame à Paris.

Quasimodo, le sonneur de cloches héros du livre et du film, connaît chaque recoin de l’édifice. Il grimpe et saute des tours aux arcs-boutants de la nef en passant par la flèche, saluant les statues de saints, anges et démons qui décorent sa façade. À l’intérieur, il veille sur les cloches abritées en haut des deux tours, il y reçoit la visite de Frollo, l’archidiacre qui l’a recueilli enfant et qui le garde en fait prisonnier de la cathédrale.

Les animateurs du studio ont particulièrement bien étudié la noble dame, le film nous permettant de voir chaque détail de l’édifice religieux lors de travellings épatants. Lors d’une scène où Esmeralda chante dans la cathédrale « Les bannis ont droit d’amour », on reconnaît aisément la nef éclairée de bougies, le tour de chœur en bois sculpté polychromique et surtout la grandiose Rose nord datant du milieu du 13e siècle, une rosace qui montre Marie et son enfant en son centre. Une vraie prouesse technique et artistique qui a résisté à l’assaut des flammes et de l’eau lors du violent incendie qui a en partie détruit la cathédrale en 2019. Si sa réouverture est programmée pour fin 2024, la flèche et les charpentes de bois du toit ont disparu dans le sinistre.

Notre-Dame de Paris avant la catastrophe de 2019.

  • Hercule (1997) de John Musker et Ron Clements

Le 35e classique d’animation de Disney suit clairement le chemin emprunté par Le Bossu l’année précédente : on prend une histoire archi connue (ici issue de la mythologie grecque) et on l’édulcore allègrement en effaçant tout événement inconvenant – le politiquement correct à destination des enfants, somme toute. Nous suivons donc les aventures musclées du demi-dieu olympien Hercule (ou Héraclès), fils illégitime de Zeus à la vie tragique, ici devenu l’enfant parfaitement légitime kidnappé bébé et démuni de ses pouvoirs, qui part à la recherche de ses origines. Pas de tentatives de meurtre orchestrées par l’épouse bafouée, la déesse Héra, ici c’est Tonton Hadès, le dieu des morts, qui endosse le mauvais rôle. Et Mégara dans tout ça ? Là aussi, on modifie pour éviter les questions difficiles à répondre de nos têtes blondes… Mais on garde les fameux douze travaux – même si pas du tout pour les mêmes raisons – ouf, l’honneur est sauf !

Mais je vous rassure, je l’aime bien cette adaptation légère du mythe, en plus la bande sonore est absolument géniale, l’idée d’utiliser une musique religieuse, le Gospel, pour illustrer une histoire de dieux, c’est énorme ! Encore un grand crû musical que l’on doit à Alan Menken.

Le Parthénon, temple dédié à la déesse Athéna (1995).

Et donc, pour en revenir au sujet du blog, si je vous parle de ce film, c’est que l’on peut naturellement reconnaître quelques lieux antiques qui nous sont parvenus de la grande période historique de la Grèce. Les sources (littérature, poteries, sculptures) qui sont parvenues jusqu’à nous datent du 8e siècle avant JC, à l’image du poète Homère à qui l’on doit L’Odyssée et L’Illiade. C’est ainsi que les animateurs de Disney s’inspirent de temples anciens pour créer le domaine des dieux : on prend le mont Olympe, la très justement nommée plus haute montagne de Grèce, on y ajoute un temple qui ressemble furieusement au Parthénon d’Athènes datant du 5e siècle avant JC, et le tour est joué !

Le Parthénon à Athènes, le Mont-Saint-Michel en Normandie; films (1997, 2010) vs réalité (1995, 2008).

  • Raiponce (2010) de Nathan Greno et Byron Howard

Je termine ma sélection avec le 50e classique d’animation du studio de la souris aux grandes oreilles. De nouveau une adaptation d’un conte, les frères Grimm avait repris une légende populaire allemande en 1812 dont Disney a enlevé les éléments les plus glauques pour créer une aventure échevelée (sans mauvais jeu de mots) où la princesse Raiponce cherche à s’échapper de la tour où elle est prisonnière. L’histoire est étendue, le personnage de Raiponce est développé et celui de son chevalier servant complètement modifié pour donner au final l’un des films d’animation les plus enthousiasmants de ces dernières années.

Dites-moi que vous aviez reconnu l’influence du Mont-Saint-Michel en Normandie sur le château du royaume de Corona dont Raiponce se révèle être la princesse héritière perdue ? Bâtie sur un îlot rocheux qui s’élève comme un promontoire dans la baie du même nom, l’abbaye du 11e siècle, remaniée et agrandie à travers les âges, nous est parvenue dans son état actuel, lieu ancestral de pèlerinages religieux. Balayée par des marées importantes, entourée au 15e siècle d’une enceinte destinée à la protéger des invasions anglaises, la cité abrite la plus ancienne demeure encore debout sur son sol et qui daterait du 14e siècle.

Le Mont-Saint-Michel en Normandie en 2008.

Un des lieux les plus prisés des touristes en France en raison de sa situation unique et de ses trésors architecturaux et religieux, le Mont est pourtant victime de son succès et un vaste projet de préservation de la baie a été lancé depuis plusieurs années. Si l’ensablement de la baie est un phénomène naturel, la mer doit continuer à entourer le Mont à marée haute. Une nouvelle passerelle piétonne permet depuis peu de rejoindre le monument, dans le respect de l’écosystème tout en garantissant l’expérience impressionnante de la marée haute en toute sécurité pour les visiteurs.

Voilà, j’espère que ce voyage express vous a plu et que vous verrez ces classiques des studios Walt Disney d’un autre œil la prochaine fois que vous les regarderez. Plus qu’à prévoir un city trip pour partir dans les traces de vos héros préférés à votre tour !

Vous pouvez retrouver toutes les images tirées des films d’animation Disney cités ici dans la rubrique Galerie de photos du site.

Envie de découvrir les influences de Hayao Miyazaki ?

Photos : @Simply.Mad divers dates et @Karin 2018 (et captures des films - Walt Disney Studios)

Publié par Simply.Mad

Geek, cinéphile, fan de science-fiction et de bande dessinée. Aime un peu trop le chocolat.

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