La police d’Anvers sous contrôle nazi

Les gens ne cessent d’émettre des jugements sur tout et n’importe quoi. Mais c’est toujours après coup. Sur le moment, quand on ne sait pas de quoi demain sera fait, et comme personne d’autre ne le sait, ni vous ni moi, on s’aperçoit qu’on sait que dalle.

Wilfried Wils (Stef Aerts)

Je vous emmène sur les lieux de tournage belges du film WIL sorti au cinéma en 2023 et réalisé par le Flamand Tim Mielants.

Ce film belge qui a remporté plusieurs prix à la cérémonie des Ensor pendant le Festival du film d’Ostende en février 2024 est à voir en exclusivité sur Netflix, ce qui permet au film d’être découvert à l’international. Si vous aimez les drames historiques et la thématique de la Seconde guerre mondiale, cette histoire montre de front l’horreur, le désarroi, la honte, le courage et tous les sentiments qui peuvent être rencontrés en période de guerre. Même s’il s’agit d’une fiction (adaptation d’un roman), elle est empreinte de beaucoup de réalisme, le film étant bouleversant à plus d’un titre. Nous suivons deux jeunes auxiliaires de la police d’Anvers, Wil (Stef Aerts) et Lode (Matteo Simoni), face à la violence des nazis, ils sont pris dans un enchaînement d’événements qui va mettre à mal leur amitié. Pas facile de garder sa boussole morale dans la bonne direction face à l’adversité, même quand on est loin des zones officielles de combat.

Le tournage du film a eu lieu essentiellement en Belgique, côté francophone et côté néerlandophone (Liège, Malines, Dilbeek, Charleroi, La Louvière, Saint-Nicolas et Anvers), et en Pologne. Les scènes mises en boîte à Malines (Mechelen en néerlandais) consistent en la séquence du cinéma et du meeting de la propagande antisémite filmée au Théâtre municipal (Stadsschouwburg, id.), et juste après en extérieur dans la Keizerstraat qui longe le théâtre et où débute la meute raciste devant l’actuelle Cour de justice (Gerechtshof, id.) de la ville – un bâtiment historique du 16e siècle.

La scène du café a été filmée au Café des Sports de Dilbeek (région bruxelloise), définitivement fermé. La boucherie de la famille de Lode est située au numéro 4 de la Zamanstraat à Saint-Nicolas (Sint-Niklaas, id.), ce n’est plus une boucherie mais apparemment le lieu a été conservé tel quel par le commerce suivant. À Liège, ce sont les scènes du café dansant qui ont été filmées, à grand renfort de figurants recrutés dans la région.

Les lieux de tournage belges du film Wil à La Louvière, Charleroi et Anvers; film (2023) vs réalité (2023, 2024)

Coproduction entre la Belgique, les Pays-Bas et la Pologne, beaucoup de séquences extérieures ont utilisé la ville de Wrocław en Pologne afin de recréer l’époque et l’ambiance sous l’Occupation allemande. Notamment au Palais de la famille Wallenberg-Pachaly qui double le commissariat d’Anvers pour certains intérieurs et dont la cour intérieure est également utilisée comme arrière-cour de la boucherie, dans la séquence émotionnelle de retrouvailles entre Wil, Lode et la sœur de ce dernier; abandonné par l’Université de la ville qui en est le dernier propriétaire, l’hôtel particulier du 18e siècle est utilisé pour des tournages de films et des visites de type urbex en attendant un nouvel acquéreur décidé à lui redonner son lustre d’antan.

La première scène d’extérieur lorsque les deux amis partent pour leur mission nocturne initiale et qu’ils ont la malchance de croiser un soldat allemand qui va les réquisitionner pour l’aider dans sa sale besogne, cette scène est tournée dans la rue Kazimierza Jagiellończyka, toujours à Wrocław, au niveau des numéros 33 à 37. La ville de Legnica a également été sollicitée pour le film. La terrible séquence de fin sur les rails du chemin de fer a été filmée au Musée du Train de Silésie à Jaworzyna Śląska, non loin de Wrocław.

Les bureaux administratifs du Musée de la Mine et du développement durable de Bois-du-Luc en Belgique.

Retour en Belgique pour plusieurs scènes au commissariat dont trois bureaux du Musée de la mine et du développement durable dans l’ancienne cité minière de Bois-du-Luc en région du Centre.

La scène d’ouverture nous permet de faire connaissance avec les policiers dont nous allons suivre les mésaventures tout au long du film. Nous sommes dans la partie administrative de l’ancienne Société des Charbonnages du Bois-du-Luc fermée en 1973 en même temps que l’exploitation de charbon cessait dans la région. Transformé en écomusée en 1983 et depuis 2012 reconnu comme patrimoine mondial de l’UNESCO en tant que site minier majeur de Wallonie, le lieu est depuis 2016 devenu le Musée de la Mine et du Développement Durable de Bois-du-Luc, son nouveau nom. C’est ici que vous pouvez faire connaissance avec l’histoire sociale liée au passé industriel et à l’importante immigration du 20e siècle qui a alimenté en main-d’œuvre une exploitation débutée ici au 17e siècle déjà.

Les bureaux de l’ancienne Société des Charbonnages du Bois-du-Luc; film (2023) vs réalité (2024)

La production du film a eu accès à deux endroits que vous pouvez voir lors de la visite du musée : le couloir d’entrée (qui longe le bureau d’accueil) en direction de la salle de paie, les policiers viennent y signer un registre; de l’autre côté des fenêtres qui séparent les deux bureaux, le commissaire et le haut gradé SS qui enquête sur la disparition d’un de ses soldats. Un croisement de regards qui n’annonce rien de bon pour la suite.

Il se trouve une autre salle que vous ne pouvez pas voir en tant que visiteur du musée : la grande salle de paie située à l’arrière des bureaux précédemment cités, la séquence d’ouverture du film s’y est tournée, lorsque le commissaire Jean (Jan Bijvoet) rappelle les devoirs des auxiliaires de police sous l’occupation, finissant par entonner une comptine afin d’illustrer leur situation frustrante et que l’on peut résumer comme ceci : nous sommes là, mais nous ne pouvons rien faire.

L’intérieur de la maison-témoin dans la cité minière de Bois-du-Luc

L’intérieur de la maison familiale de Wil que l’on voit par deux fois dans le film lors de discussions avec ses parents (fort peu sympathiques, d’ailleurs) est en fait une partie du musée que vous ne pouvez visiter que lors des visites guidées : la maison-témoin au n° 9 de la rue du Midi en face du musée, dans ce qu’on appelle les « carrés de Bois-du-Luc », une cité minière complète impeccablement préservée et toujours habitée de nos jours. La maison a été conservée en état pour montrer les conditions de vie d’une famille d’ouvriers du charbonnage dans l’entre-deux-guerres.

Dans le film, trois pièces de la maison ont été utilisées :

  • la cuisine lors de la première scène entre Wil et ses parents, pratiquement rien n’a été modifié et vous pourrez reconnaître la table, la cheminée avec le poêle à charbon et vous amuser à chercher les différences au niveau de la décoration.
  • la chambre à coucher au rez-de-chaussée lorsque Wil se réveille après sa beuverie de la veille, le lit et l’armoire font partie du musée et on peut aisément voir à l’écran le sol en carrelage rouge et jaune.
  • Wil et sa gueule de bois passent dans la salle à manger/salon où sont attablés ses parents qui vont lui faire passer un mauvais quart d’heure, l’ameublement a légèrement été modifié dans la pièce : un fauteuil remplace un petit meuble contre un mur et des cadres différents ont été suspendus. Par contre, la commode à tiroirs avec le miroir est bien au même endroit.

À noter que le coron de Bois-du-Luc a été complètement rénové depuis le tournage du film, les portes et fenêtres notamment ont été remplacées et les travaux ont laissé des traces à l’intérieur de la maison-témoin, des marques de plafonnage entourent encore les encadrements. L’endroit étant classé et propriété de la Région wallonne en même temps que tout le site minier, gageons que les travaux ne s’arrêtent pas là.

La maison du mineur à Bois-du-Luc; film (2023) vs réalité (2024)

Le tournage s’est poursuivi non loin de là, dans le splendide Hôtel de Ville à Charleroi inauguré en 1936, si l’extérieur est plutôt classique, l’intérieur est de pur style Art Déco riche et flamboyant, par bonheur sauvegardé de nos jours. Surmonté d’un beffroi de 70 mètres classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le bâtiment fait toujours office de fonction communale et accueille le cabinet du bourgmestre, on y célèbre également les mariages, etc.

Pour le film, la grandiose entrée côté Place Vauban (ex-place Charles II) est vue à l’écran lorsque Wil est appelé à rejoindre la Kommandatur d’Anvers, il est accueilli par le SS-Obersturmführer Gregor Schnabel (Dimitrij Schaad) qui va le confronter à une bien macabre découverte. Des drapeaux nazis sont suspendus au-dessus du balcon à l’étage.

L’officier allemand l’attend en haut du majestueux escalier en marbre du hall d’honneur, Wil grimpe les marches, surveillé par le SS qui l’emmène dans la Salle du Conseil et des mariages du premier étage.

L’intérieur Art Déco de l’Hôtel de Ville de Charleroi vu dans le film (carrousel fig. 1 à 10).

Le marbre, les dorures, les boiseries, les appliques murales, les lustres, tout signale la richesse de la ville qui était à l’époque un des fleurons de l’ère industrielle en Belgique. De nombreuses œuvres d’artistes locaux complètent le look Art Déco avec des statues et des bas-reliefs à la gloire de la prospérité de la ville, dont le bronze doré intitulé La Gloire et la Paix par Alphonse Darville qui se trouve sous le balcon intérieur et que l’on voit dans le film.

La presse locale identifie également la Caserne Trésignies à Charleroi comme lieu de tournage d’au moins une scène du film.

Dernier lieu de tournage en Belgique, et ce fut très facile à identifier, la scène de la gare centrale d’Anvers où Wil escorte une famille juive qui tente de fuir la ville en train et qui a réellement été tournée dans la gare monumentale. Nous passons à l’écran de la salle des pas perdus à l’un des quais au même niveau sous la verrière à l’armature métallique rouge.

La gare d’Anvers a également été vue dans les films The Expatriate et Light Thereafter ainsi que dans la série de Netflix Fubar.

Vous pouvez retrouver plus d’images tirées du film Wil dans la rubrique Galerie de photos du site.

Les coulisses du tournage du film à Bois-du-Luc, avec des photos exclusives, sont à retrouver dans un article précédent.

Photos : @Simply.Mad 2023 et 2024 (et captures d'écran du film WIL sur Netflix). Merci au personnel du Musée de la Mine et du Développement Durable et du Gabos pour l'accès aux pièces du musée à Bois-du-Luc.

Publié par Simply.Mad

Geek, cinéphile, fan de science-fiction et de bande dessinée. Aime un peu trop le chocolat.

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