
Une exposition étonnante autour de la personnalité de l’Écossaise Tilda Swinton, visible en exclusivité jusqu’au 15 mars 2026 à Amsterdam, au Eye Filmmuseum. Vous aurez peut-être aussi l’occasion de la voir lors d’une de ses prochaines escales, l’expérience étant prévue pour aller à la rencontre des musées du monde.
Pas une rétrospective à proprement parler, ni une exposition classique, à l’image de Tilda Swinton elle-même qui n’a rien de « classique », incontestablement.
Une fois arrivé.es à la gare centrale d’Amsterdam, il vous suffit d’embarquer sur l’une des navettes fluviales gratuites qui traverse l’Ij à longueur de journée afin de charrier piétons et cyclistes vers le quartier nord de la ville. Sur la rive se dresse le majestueux musée du cinéma d’Amsterdam, le Eye, un bâtiment à l’architecture moderne dont je vous disais déjà tout le bien dans cet article sur l’expo Werner Herzog.
Une fois à l’intérieur de l’exposition, des écrans de cinéma vous accueillent et vous invitent à la déambulation, y sont projetés des séquences de films ou des clips artistiques mettant en scène l’actrice (dont une séquence inédite remontée de The Dead Don’t Die par Jim Jarmusch lui-même).




Tilda Swinton l’icône de la mode
Féminine, masculine, androgyne, intemporelle, éternelle, l’expo est à l’instar de sa tête d’affiche : inclassable. C’est d’ailleurs autant l’actrice que le mannequin ou l’égérie d’artistes qui nous sont données à rencontrer à travers les images, certaines en mouvements, d’autres statiques : photos de mode, portraits de magazines, créations artistiques, happenings… Une zone, réalisée en duo par Tilda avec l’historien de la mode Olivier Saillard, est dédiée aux tenues portées lors de galas ou d’avant-premières, certains costumes de films et des pièces ayant appartenu à ses ancêtres aussi. Chaque vêtement est porteur d’un message, plus ou moins direct.


Manteau et robe par Charles Jeffrey Loverboy portés aux Fashion Awards de 2022
Si vous pensiez suivre une présentation chronologique de sa carrière, abordant son enfance, ses aspirations, ses films, vous risquez d’être déçu.es car c’est bien à la rencontre de la muse que nous errons de salle en salle.
La muse d’artistes aussi divers.es que sa propre personnalité insaisissable, rencontré.es au fil de sa vie, ayant influencé son parcours de manière marquée. À commencer par Derek Jarman, son mentor, réalisateur du tout premier film où elle apparaît (Caravaggio, 1986) et dont elle continue à faire perdurer la mémoire dans ces courts métrages et films intimistes au format Super8 tournés avec Jarman jusqu’au décès de celui-ci en 1994, on peut en voir diffusés lors de l’expo.
Plus loin, nous découvrons sa collaboration de longue durée avec le photographe Tim Walker qui a suivi Tilda chez elle en Écosse dans les traces familiales et dans les environnements fortement patriarcaux. Aussi imprévisible qu’elle puisse se montrer, la comédienne est en effet très attachée à ses racines, son père Sir John Swinton of Kimmerghame, major général décoré de l’armée britannique, est le descendant d’une famille de la noblesse écossaise. On peut d’ailleurs découvrir parmi les objets exposés le costume d’apparat de son père et une veste portée par son grand-père paternel – qu’elle porte elle-même sur la photo plus haut sur cette page.



Photos par Tim Walker, couverture du magazine Sight and Sound d’octobre 1991 (film Edward II de Jarman)
Nous continuons la découverte des binômes qu’elle forme avec les réalisateur·rices du cinéma contemporain avec qui elle travaille régulièrement car elle ne conçoit pas son métier autrement : une vraie collaboration à tous les niveaux, un dialogue constant qui élève le résultat artistique final.
L’amie d’enfance ici, Joanna Hogg, réalisatrice des films The Souvenir – un diptyque – et The Eternal Daughter dans lequel Swinton joue la mère et la fille dans un dialogue hallucinant empreint de nostalgie et de fantastique. Les deux femmes présentent une expérience multimédia exclusive : Flat 19, une reconstruction en décor de cinéma du premier appartement de l’actrice dans le Londres des années 1980.



Flat 19 par Joanna Hogg et Notes for radical living par Tilda Swinton
Luca Guadagnino, qui a réalisé plusieurs longs métrages, documentaires et courts métrages avec la comédienne (Io sono l’amore, A Bigger Splash, Suspiria), livre ici un nouveau court métrage exclusif et un buste sculpté argenté représentant Swinton.
Puis vient Pedro Almodóvar, l’ami évident – il était à la tête du mouvement queer du Madrid artistique des années 1980 pendant que Jarman faisait de même à Londres – et pourtant leur collaboration est très récente. Une petite salle de cinéma ouverte sur le reste de l’exposition permet de regarder confortablement installé.es le moyen métrage La Voix humaine (2020).



La voix humaine de Almodóvar, le buste de Swinton par Luca Guadagnino
Dans le lobby du musée du cinéma d’Amsterdam, plusieurs affiches de films jalonnent une carrière éclectique et polyvalente, toujours surprenante, par le choix des œuvres ou des rôles, par sa façon de donner vie à ces personnages. Toujours grimée chez Wes Anderson, à fleur de peau chez Almodóvar, étonnante pour Sally Potter, plus grande que nature pour Jarmusch, iconique en Sorcière blanche dans l’univers de Narnia, elle réussit même à fasciner en Maître des Arts Mystiques chez Marvel (Doctor Strange) ou en ange Gabriel chez DC (Constantine).



Les affiches de quelques-uns des films marquants d’une longue carrière
La programmation cinéma autour de l’expo permet de revoir au Eye Filmmuseum une partie de la filmographie de l’actrice, et si vous avez de la chance, vous pourrez encore croiser Swinton elle-même lors de rencontres ou d’apparitions spéciales organisées sur place avec ses collaborateurs sur Ongoing.
En sortant de là, vous n’en saurez sans doute pas plus sur Tilda Swinton l’actrice de cinéma, mais vous comprendrez certes mieux Katherine Matilda Swinton, l’artiste multiforme qui, après quarante ans de carrière, a encore beaucoup de choses essentielles à nous dire !
Un catalogue compagnon de l’exposition est publié par Hannibal Books (en anglais), un beau livre écrit par l’intéressée elle-même en collaboration avec ses ami.es/partenaires : Tilda Swinton – Ongoing.
Découvrir d’autres expositions consacrées au cinéma sur ce blog.
Photos : @Simply.Mad 2026
