
Un château médiéval irlandais que vous avez souvent vu sur vos écrans, petit et grand, sans le savoir. Cahir Castle (prononcez « caire ») est situé dans le comté de Tipperary dans le sud de l’île d’Émeraude.
Pour les réalisateurs, il devient tour à tour un château anglais, un château de Cornouaille (en Bretagne) ou encore un monastère.
Nous allons ici faire le tour des productions pour la télévision (téléfilms ou séries) qui ont arpenté ses murailles miraculeusement préservées, un lieu historique ainsi utilisé par les arts de l’audiovisuel depuis plus de cinquante ans.
Mais d’abord, faisons connaissance avec ce château. Construit en 1142 au bord de la rivière Suir, seule une des tours serait encore d’origine alors que les Normands en prenaient rapidement possession lors de l’invasion de 1169, c’est au cours du siècle suivant qu’il devint une forteresse et fut fortement remodelé encore au 16e siècle. Siège de plusieurs invasions à travers les siècles en raison de sa situation géographique, le siège le plus notoire est celui de 1599, la reine Elizabeth Ière chargea le comte d’Essex de ramener l’ordre dans cette partie de son royaume.
Un temps délaissé, il fut en partie restauré en 1840 et le résultat de ces différentes transformations est la forteresse médiévale qui est maintenant ouverte à la visite, rachetée par l’état irlandais pour en faire un monument national en 1964. Si tout n’est pas d’origine (les herses, par exemple, sont modernes), c’est le meilleur exemple de château de ce genre en Irlande.




Mais faisons plus ample connaissance avec Cahir Castle à l’écran :
- Catholics, aussi connu sous le titre Conflict ou Le Visiteur en français, est un téléfilm de 1973 de la collection ITV Sunday Night Theatre, une émission d’anthologie de la chaîne britannique ITV. Cet épisode réalisé par Jack Gold (réalisateur aussi du film La grande menace avec Richard Burton et Lino Ventura) et basé sur un roman de Brian Moore réunissait pas moins que le vétéran Trevor Howard et un tout jeune Martin Sheen pré-Apocalypse Now.
Le pitch : une communauté monastique sur une petite île irlandaise refuse d’adopter le concile du Vatican qui veut que la liturgie catholique se modernise pour correspondre à son temps (et bien sûr pour éviter que les églises ne se vident de leurs ouailles), la messe est donc modifiée et devient plus compréhensible pour tout un chacun puisque le prêtre peut choisir d’utiliser la langue locale dans son prêche, et plus seulement le latin. Les messes archi-traditionnelles de l’île attirent un peu trop l’attention sur elle et Rome envoie le jeune Père Kinsella (Martin Sheen), adepte de la théologie moderne, afin de remettre les moines sur le droit chemin.



Si l’île en question est en fait Sherkin Island au large du comté de Cork pour le tournage en extérieur, la plupart des intérieurs ont été filmés au château de Cahir, principalement dans le grand hall et à l’étage de celui-ci, on peut effectivement imaginer un ordre monastique prendre ses repas dans cette grande salle aux murs blancs modestement meublée.
Au casting de ce téléfilm fort intéressant si vous avez l’occasion de le voir, on remarque un jeune Michael Gambon en Frère Kevin, quarante ans avant de devenir le vénérable Albus Dumbledore à partir du 3e opus de la saga Harry Potter au cinéma.




- Lovespell, alias Tristan and Isolde (1981) de Tom Donovan, on y retrouve une Kate Mulgrew relativement débutante dans son premier long métrage (elle s’apprêtait à devenir « Mme Columbo » à la télévision) où elle tombe amoureuse de Nicholas Clay (juste avant de tourner Excalibur) alors qu’elle est mariée à Richard Burton (en fin de carrière et courant sans doute le cachet). Vous l’aurez compris, c’est une adaptation de la légende celtique de Tristan et Iseut, cette épopée romantique du 12e siècle qui préfigura Roméo et Juliette.
Le pitch : Iseut épouse le roi Marc de la Cornouaille mais ne peut cacher ses sentiments pour le jeune et beau Tristan. Triangle amoureux à la fin tragique, ce long métrage est une adaptation relativement fidèle, mais qui manque de saveur. Il lui manque ce souffle épique qui fait les grandes fresques littéraires, et il faut avouer que l’Américaine Mulgrew ne parvient pas vraiment à convaincre dans ce rôle, face à des acteurs britanniques formés à jouer Shakespeare.



Tourné en 1979 en Irlande, resté deux ans sur les étagères de la maison de production, le film a eu droit à une sortie très discrète au cinéma, ce pourquoi je l’inclus plutôt à cette sélection de programmes pour la télévision où il a été redécouvert bien plus tard. Ci-dessous un reportage sur le tournage du film en 1979 en Irlande, on peut y voir Richard Burton sur la plaine à l’arrière du château de Cahir (là où se tournera justement Excalibur de John Boorman peu de temps après).
Le film s’est également tourné à plusieurs autres endroits d’Irlande, parmi les plus reconnaissables à l’écran et que j’ai eu l’occasion de visiter : le Dolmen de Poulnabrone et les falaises de Moher. Je vous en reparle plus bas.



- Les Chevaliers de Tir Na Nog (Mystic Knights of Tir Na Nog, 1998-1999), une série destinée à la jeunesse qui tentait de réitérer le succès des Power Rangers en se basant sur les légendes du folklore fantastique irlandais. Le temps de 50 épisodes de 22 minutes, les histoires de fées, dragons et sorciers s’animaient sur le petit écran à grands coups d’épées et de sorts, les acteurs engoncés dans des armures colorées dignes d’un Super Sentai japonais. Produite par Saban et diffusée sur Fox Kids, la légende de Tir Na Nog (Tír na nÓg dans la mythologie irlandaise) est le nom d’un des « autres mondes » majeurs des celtes, une île légendaire que l’on pourrait rapprocher du Valhalla des Scandinaves.
Le pitch : la méchante reine Maeve veut conquérir le royaume de Kells, quatre jeunes héros sont choisis pour devenir les défenseurs du bien, ils obtiennent chacun le pouvoir sur un des quatre éléments – le feu, l’eau, l’air et la terre – ainsi qu’une armure magique. Ils sont maintenant prêts à affronter les forces du mal et toutes les créatures envoyées par leurs ennemis. Plus tard, un cinquième chevalier rejoint l’équipe, il a le pouvoir de contrôler les animaux.



La série est tournée en Irlande, bien sûr, avec le château de Cahir en toile de fond. On peut le reconnaître très clairement dès les premières minutes de l’épisode 1 lors de l’attaque sur la forteresse du roi de Kells. On le voit déja dans le générique ainsi que le Dolmen de Poulnabrone.
- Les Tudor, The Tudors en V.O. (2007-2010), la série historico-glamour est portée par l’acteur irlandais Jonathan Rhys-Meyers (vu dans Mission Impossible 3, entre autres) et par le Britannique Henry Cavill dont c’est le premier rôle d’importance et qui va lui ouvrir les portes d’Hollywood plus vite qu’une balle de revolver.
Tout comme la série The White Queen utilisait plusieurs châteaux de Belgique pour doubler les édifices anglais vus à l’écran, Les Tudor ont pris pour base des châteaux irlandais, la série ayant été tournée entièrement en Eire. La série – 38 épisodes répartis sur quatre saisons – produite par Showtime est une coproduction entre les télévisions américaine, canadienne et britannique. Elle a en effet reçu l’appui de l’Irish Film Industry du gouvernement afin d’accueillir le tournage exclusivement en République d’Irlande, en décors naturels et dans les studios Ardmore (comté de Wicklow), là où se sont également tournés Braveheart et les séries Camelot et Penny Dreadful.
Le pitch : le règne de Henri Tudor, alias Henri VIII sur le trône d’Angleterre et d’Irlande, vu à travers les imbroglios politiques, les guerres de religion et surtout les aventures sentimentales du roi aux six épouses. Trahisons, exécutions et séductions alimentent chacune des saisons d’une série plus ou moins fidèle à la réalité historique.


Pour cette série, le château de Cahir fait juste office de figuration, il est légèrement modifié par effets numériques afin de devenir à la fois la vue d’ensemble du château de Ludlow (saison 2) et celui de Pontefract (saison 4). Les effets de lumière et les petits ajouts sur ces inserts qui ne durent que quelques secondes à l’écran ne cachent pas pour autant l’évidence du lieu de ces prises de vue. Le château est en tout cas contemporain à l’action de la série (16e siècle) et Henri VIII fut le premier roi officiel de l’Irlande qui était déjà rattachée à la cour d’Angleterre sous une autre appellation.
D’autres lieux vus dans certaines de ces productions :
- Le Dolmen de Poulnabrone (Poll na Bron en gaélique irlandais), un portail funéraire du néolithique situé dans la région du Burren. Posé sur un champ désolé de calcaire érodé par la pluie, c’est le second plus grand dolmen d’Irlande et aussi le plus connu grâce à sa forme.
On aperçoit ce dolmen dans le générique de la série Les chevaliers de Tir Na Nog et une scène du film Lovespell s’y déroule, lors d’une promenade de Tristan avec Iseut.




Le Dolmen de Poulnabrone dans le Burren
- Les falaises de Moher sur la côte ouest de l’île, souvent vues au cinéma, notamment dans les comédies romantiques Donne-moi ta main et Irish Wish ou dans la comédie culte Princess Bride, mais elles sont surtout rendues célèbres par Harry Potter. C’est effectivement là que Dumbledore emmène Harry lors de la recherche des Horcruxes dans Le Prince de Sang-Mêlé dont je vous ai déjà parlé dans ces pages.


Les falaises de Moher en Irlande
Comme l’indique le titre de cet article, bien d’autres productions ont utilisé le château de Cahir comme toile de fond, j’y consacrerai bientôt un second dossier avec les longs métrages – certains récents, d’autres devenus cultes – passés par ici également. Restez à l’écoute pour la partie 2 !
Vous pouvez retrouver plus d’images tirées de ces films et séries dans la rubrique Galerie de photos du site.
Photos : @Simply.Mad 2024 (et les captures d'écran des films Catholics, Lovespell et des séries Les chevaliers de Tir Na Nog, Les Tudor).
