
Le roi Orson dans toute sa splendeur.
Une exposition fascinante sur le petit génie d’Hollywood à découvrir encore jusqu’au 11 janvier 2026 à la Cinémathèque française.
On y revient sur toute la carrière de cet homme complexe qui toucha à tout : théâtre, radio, cinéma, télévision. Un homme du 20e siècle qui a su mettre en avant la culture comme peu d’autres dans sa catégorie.
Mon nom est Orson Welles. Je suis un auteur, je suis un producteur, je suis un réalisateur, je suis un magicien, je suis un acteur. Je me produis sur scène et à la radio. Pourquoi suis-je si nombreux, et vous si peu ?
Orson Welles
Orson Welles est né George Orson Welles le 6 mai 1915 dans une petite ville du Wisconsin, mais c’est à Chicago qu’il a grandi dès ses 4 ans. Père inventeur, mère pianiste, il a hérité de l’imagination de l’un et du talent artistique de l’autre. Petit enfant prodige, il dessine, écrit des poèmes, joue du piano. Dans l’école privée qu’il fréquente ensuite, il s’intéresse au théâtre, s’essaie à la radio. À quinze ans, il avait déjà perdu ses deux parents, à seize ans il se voit offrir une bourse à Harvard. Il la refuse et part à l’aventure : l’Irlande, l’Espagne, le Maroc. Sur les routes, il peint et lorsqu’il est à court d’argent, il y va au culot pour obtenir un rôle au théâtre à Dublin.
Sa carrière est lancée, il fera des allers-retours entre les États-Unis et l’Europe au fil des invitations et de ses envies. À New York, il obtient un poste à la radio CBS, il devient « voice actor » de pièces et le succès est au rendez-vous. Il utilise ses cachets confortables de la radio pour monter au théâtre les œuvres qu’il souhaite produire. Son premier essai, une adaptation de Macbeth avec une troupe de comédiens afro-américains, marque les esprits. Il a vingt ans et tout ce qu’il touche se transforme en or. À 22 ans, il cofonde la compagnie The Mercury Theatre. Il va passer les trois prochaines années entre ses deux métiers : au théâtre, il produit, écrit, dirige et joue; à la radio on lui offre la même liberté créative, il va y produire l’adaptation audio des Misérables, devenir un moment la voix du héros de romans Pulp The Shadow et puis soudain, Welles va adapter Wells…


L’adaptation de La Guerre des Mondes par Orson Welles à la radio CBS en 1938
La Guerre des Mondes, tiré du roman de science-fiction de l’auteur britannique H. G. Wells, un coup de génie médiatique qui va secouer l’Amérique du Nord. La mise en scène est tellement criante de vérité que la population va y croire. Nous sommes en 1938, à l’époque la télévision n’existait pas encore, les gens écoutaient la radio pour se divertir au quotidien. Hitler menace l’Europe, Welles et son invasion extra-terrestre en mode hyper réaliste va canaliser toutes les peurs le temps d’une soirée. Sommé de présenter ses excuses aux auditeurs crédules dès le lendemain, le jeune Orson est étiqueté « manipulateur » par le grand public. Lui qui s’intéresse à la magie ne s’en offusque pas, au contraire.



Welles dans Dr. Faust, photos, affiches et dessins préparatoires pour le théâtre
Au théâtre, il monte des pièces classiques aux sujets forts, du Shakespeare bien sûr, mais aussi le Dr. Faust de Christopher Marlowe pour lequel il dessine, comme à son habitude, son costume, il y joue le magicien Cornelius (voir le dessin ci-dessus).
Il était évident que Hollywood n’allait pas rester indifférent à ce jeune homme qu’on dit génial. Lui-même est attiré par les sirènes de la Mecque du cinéma, une entreprise nouvelle pour lui.




Citizen Kane : maquillage de Welles/Kane, dessin du décor de Xanadu, boule à neige
En 1939, Orson fait des tests devant la caméra, comme n’importe quel jeune premier. Ce qui est beaucoup moins anodin, c’est que la RKO, un des studios les plus puissants de l’époque, lui offre un contrat absolument unique pour un nouveau venu : une proposition pour réaliser deux films pour lesquels il a quasiment carte blanche. Welles a le cran d’y faire ajouter son droit au « final cut », ce qui garantit que sa vision sera respectée et que le studio ne pourra pas intervenir sur le montage des films.
Son premier projet aurait dû être l’adaptation du roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres. Le projet ne se fera pas (c’est Coppola qui s’y collera 40 ans plus tard sous le titre Apocalypse Now). Le premier long métrage de Orson Welles sera donc Citizen Kane (1941), une histoire inspirée librement du magnat de la presse William Randolph Hearst, un homme parmi les plus puissants des États-Unis, encore plus depuis qu’il s’est lancé en politique.


Affiche du Troisième Homme et livres de Mr. Arkadin à l’époque de la sortie du film
Hearst tenta de faire interdire le film qu’il jugeait offensant envers lui (Welles l’y caricature effectivement, ainsi que sa maîtresse l’actrice Marion Davies), il n’y parviendra pas mais utilisa ses média afin de descendre le film, interdit sa diffusion dans ses propres salles de cinéma… Le résultat fut le même : Citizen Kane est un flop sur le sol américain.
Pourtant, le film a été nommé aux Oscars dans 9 catégories, Welles remporta la statuette du meilleur script original avec son co-auteur Herman J. Mankiewicz. Reconnu par ses pairs au titre de toutes les inventions cinématographiques et utilisation optimale des techniques de cinéma d’alors, il fut considéré pendant cinquante ans comme le meilleur film de tous les temps (selon la liste annuelle du British Film Institute).
Désavoué par la RKO, plus jamais Orson Welles n’aura de la part d’un studio américain une telle latitude créatrice. Venu se frotter au sacro-saint système des studios, il avait pourtant annoncé bien avant l’heure l’ère du cinéma indépendant.


Orson Welles dessinateur : cartes postales de Noël et boîtes de cigares décorées qu’il offrait à sa famille et à ses amis.
Second film que le réalisateur doit par contrat, La Splendeur des Amberson est l’adaptation d’un roman de Booth Tarkington qu’il avait déjà porté sur les ondes radio. Le studio ne lui laisse plus les coudées franches, le long métrage est un nouvel échec.
Son essai suivant est un film noir, Le Criminel, un genre plus simple et plus porteur auprès du public américain, mais surtout moins coûteux à produire. Vient ensuite son mariage de courte durée avec la starlette Rita Hayworth devenue sex-symbol grâce à Gilda. De leur collaboration naît un second film noir devenu culte, La Dame de Shanghai.
Republic Pictures, spécialisé dans les séries B, le laisse réaliser deux longs métrages tirés de Shakespeare : Macbeth et Othello. Ce dernier, tourné au Maroc et en Italie pour plus de réalisme, triomphe à Cannes. Pourtant, le film est un gouffre financier et Orson accepte un cachet d’acteur pour relancer le tournage. Le Troisième Homme de Carol Reed va assurer sa carrière d’acteur de cinéma et le convaincre définitivement que l’Europe est le continent où il pourra mener ses projets à bien, loin du système hollywoodien.


L’exil en Europe sera marqué par des projets avortés – notamment son Don Quichotte – par des expérimentations et des rencontres. C’est Charlton Heston qui le ramène aux USA pour réaliser et jouer à ses côtés dans La Soif du Mal. Son dernier chef-d’œuvre au cinéma.
Les deux dernières décennies de sa vie – il meurt en 1985 à l’âge de 70 ans – sont jalonnées de contrats publicitaires et d’apparitions télévisées monnayées afin d’assurer son train de vie.
Décédé à Los Angeles après une dernière apparition dans un talk show, ses cendres sont transférées en Andalousie, dans son pays de cœur, l’Espagne découverte dans sa prime jeunesse.


Autoportrait par Orson Welles, le marché lucratif de la publicité
L’exposition de la Cinémathèque, aussi complète que pleine d’enseignements, consacre de grandes zones au théâtre et aux adaptations ciné de Shakespeare, les portraits en noir et blanc de l’acteur-réalisateur sont fascinantes à observer (Welles était un as pour le maquillage qui le vieillissait ou lui enlevait son visage poupin).
Et bien sûr, Citizen Kane est l’autre sujet traité en long et en large à travers divers documents : pages de script, dessins préparatoires (notamment de Xanadu, la propriété du héros), affiches et photos du film. Boudé par le public à sa sortie, encensé par la critique, finalement redécouvert lors de sa sortie en Europe après la Seconde guerre mondiale et ensuite lors de ses passages en télévision aux États-Unis, le premier long métrage du boulimique de travail qu’était Orson Welles ne laisse jamais indifférent. Inspiré par l’expressionnisme allemand, fruit de recherches sur les mouvements de caméra et le montage, sujet toujours aussi pertinent pour les étudiants en cinéma et les cinéphiles qui le redécouvrent à chaque visionnage, Citizen Kane a beau avoir fait un four à la base, il reste à jamais le chef-d’œuvre d’un surdoué qui a marqué de son empreinte le Septième Art.
Ce que l’expo m’a appris, c’est que Welles dans sa « presque » retraite s’est adonné à la peinture et à la sculpture, un artiste décidément complet.
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Une exposition de la Cinémathèque française à Paris.
Photos : @Simply.Mad 2025

J’ai eu la chance de la voir et je confirme, cette exposition est à la (dé)mesure de l’ogre Welles. Tu évoques son projet d’adapter Conrad, j’ai retenu cette phrase qui lui ressemble tellement après avoir vu le Coppola : »J’aurais fait un bien meilleur Kurtz » 😄
Ton article lui fait honneur.
Très bon Noël, sur une luge ou bien ailleurs…
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