Almería : le Hollywood espagnol

La province d’Almería dans le sud de l’Espagne est l’endroit rêvé pour suivre un pèlerinage cinéphile. La ville du même nom est le point de chute idéal pour partir à la découverte des lieux de tournage de films cultes et même de séries contemporaines.

Je vous partage ici mes souvenirs et conseils afin de tirer le meilleur parti de la ville côtière la plus chaude et sèche d’Europe, si vous êtes comme moi adeptes de cinétourisme.

Le premier film étranger qui a officiellement choisi le désert de Tabernas, seul désert européen qui s’ouvre aux portes de Almería, comme lieu de tournage serait une coproduction franco-italienne réalisée par André Cayatte avec Curd Jürgens dans le rôle principal, Œil pour œil (1957). Quelques années plus tard, Un Taxi pour Tobrouk de Denys de La Patellière y place le désert de Lybie et le long métrage le plus connu tourné là-bas, juste avant que Sergio Leone ne lance définitivement le genre « western spaghetti » avec sa Trilogie du Dollar, est sans aucun doute Lawrence d’Arabie de David Lean.

Mais Leone n’est pas le premier réalisateur qui a tourné un western en Espagne, c’est en 1961 que Michael Carreras descend dans le sud pour exploiter les monts désertiques du Tabernas pour le film La Chevauchée des Outlaws (sorti en 1962) avec un casting à moitié américain, à moitié espagnol. Le filon était tout trouvé et c’est près de 300 longs métrages (westerns, films de guerre, fresques historiques) qui seront tournés dans la région sur une vingtaine d’années. Parmi les titres les plus connus : Cléopâtre (1963) avec Elizabeth Taylor dans le rôle-titre, Les Centurions (1966) avec un casting international (Claudia Cardinale, Alain Delon, Anthony Quinn), Delon de retour pour Soleil Rouge en 1971, Brigitte Bardot et Sean Connery y sont venus travaillés plusieurs fois, notamment sur le film qu’ils ont tournés ensemble : Shalako (1968).

Le Walk of Fame à Almería, à côté du Théâtre Cervantes

L’impact économique sur la région a été si forte qu’un grand hôtel et un aéroport international ont été construits assez vite pour permettre aux équipes de tournage d’y venir plus facilement. Les autochtones étaient employés à tous les niveaux des besoins pour accueillir cette industrie du cinéma : métiers de l’horeca, charpentiers, dresseurs de chevaux, chauffeurs… une vraie manne pour cette région qui fut quelques décennies plus tôt un centre minier important en Espagne (mines de fer, de plomb, carrières de marbre blanc…). Dans la capitale, le Cable Inglés en est le vestige évident, un chargeur de minerai qui permettait le transport par rail directement sur les bateaux dès 1902. Une fois les filons devenus moins rentables pour les industriels étrangers au cours des années 1960, la province a évidemment accueilli avec optimisme ce regain d’intérêt par les studios de cinéma, qui en plus des décors naturels uniques qu’ils y trouvaient, se réjouissaient de cette main d’œuvre à bas prix. C’est ainsi que des dizaines de productions européennes (surtout italiennes) de « série B » ont été filmées en Espagne.

En 2012, afin de commémorer ce passé extraordinaire, est né le Almería Walk of Fame (Paseo de la fama de Almería en espagnol). Près de vingt vedettes espagnoles ou internationales (acteurs, actrices, réalisateurs) passées par la région y ont leur étoile, sur le modèle du célèbre boulevard à Hollywood. Un nom manque pourtant cruellement sur ce trottoir, celui de Clint Eastwood, espérons que les agendas des parties intéressées permettront prochainement à l’acteur-réalisateur (96 ans tout de même), qui a débuté sa carrière au cinéma ici, de venir recevoir cet honneur.

Après le déclin du genre western, le Hollywood espagnol a encore accueilli quelques tournages d’envergure : Conan le Barbare (1982), Indiana Jones et la Dernière Croisade (1989), même les réalisateurs français y sont revenus au 21e siècle : Blueberry, l’expérience secrète (2004), Les Dalton (2004). Lors de la décennie suivante, nouvelle relance des tournages avec la construction d’un village entier pour Exodus : Gods and Kings de Ridley Scott, Jacques Audiard qui y tourne son western Les Frères Sisters (2018), et la télévision s’y intéresse aussi (Doctor Who, Black Mirror, Penny Dreadful, Game of Thrones, The Crown et dernièrement Zorro avec Jean Dujardin et Lucky Luke avec Alban Lenoir). Toujours avec la même optique pour les studios : trouver en Espagne à moindre coût des paysages arides pouvant passer pour le continent africain ou le désert d’Arizona. Et le désert de Tabernas fait parfaitement illusion !

La rue Sergio Leone près de la plage et la statue de John Lennon sur la Plaza Flores

Si vous vous baladez dans la ville d’Almería, vous tomberez encore sur la rue Sergio Leone et sur une statue de John Lennon. Je vous explique ci-dessous le pourquoi du comment une statue y est dédiée au leader des Beatles 😉

Pour cela, allons visiter la Casa del Cine, le musée du cinéma de la ville. La maison-ferme bourgeoise construite au nord de la ville en 1866 appartenait à une famille d’industriels espagnols établis ici, les Balmes. La villa fut d’abord connue sous le nom de El Cortijo Romero et fut occupée par les descendants jusqu’à sa réquisition pendant la Guerre civile en tant qu’hôpital. À partir des années 1960, elle accueille des VIP de passage en ville, parmi eux un certain John Lennon venu faire l’acteur sur la comédie anglaise Comment j’ai gagné la guerre (Richard Lester, 1967). D’abord hébergé dans un hôtel sur la côte, sa notoriété rendit vite son séjour difficile et il fut donc invité à se réfugier dans la villa. Il y passa plusieurs nuits et y aurait composé une partie des chansons de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, ce qui est sûr, c’est que les paroles du futur hit « Strawberry Fields Forever » ont été écrites dans le jardin.

La chambre de John Lennon

Après une présentation de l’histoire de la famille à l’origine de la maison, on trouve à l’étage une partie tout naturellement consacrée au chanteur-acteur : une chambre mise en scène avec quelques éléments kitsch et des vitrines qui nous présentent des souvenirs du passage de Lennon entre ses murs : photos de tournage de Comment j’ai gagné la guerre, chemise et bottines militaires portées dans le film, dédicace et paroles de chanson avec des notes de la main de la star de la pop music des sixties.

Casa del Cine : costumes et accessoires de films tournés à Almería

Laissée ensuite à l’abandon, la maison a été reprise par la ville pour en faire le musée du cinéma, et bien sûr, la plus grande partie est consacrée aux « westerns spaghetti », surtout ceux de Leone. Ce qui est un peu dommage, c’est qu’on y voit essentiellement des reproductions d’objets et pas des originaux, un peu regrettable pour un musée du cinéma. C’est ainsi que l’on trouve une réplique du clap utilisé sur Il était une fois dans l’Ouest, le costume porté par James Coburn dans Il était une fois la révolution, le fameux poncho de l’Homme sans nom interprété par Clint Eastwood à trois reprises, etc.

Répliques d’accessoires des films de Sergio Leone

Parmi les autres accessoires, on peut voir l’épée de Conan le Barbare signée par Arnold Schwarzenegger (une réplique réellement signée par le culturiste et donnée au musée), une reproduction du costume porté par Liz Taylor en Cléopâtre, des photos de tournage, les plans de la première ville western construite dans le désert de Tabernas, une vitrine est également consacrée au Festival du film western de la région, lancé en 2011, confirmant l’intérêt maintenu des amateurs de ce genre cinématographique.

Réplique de l’épée de Conan le Barbare, esquisses et photos de tournage des films de Sergio Leone

Un mur des célébrités affiche les grands noms venus travailler ici le temps d’un tournage, certains étant venus plusieurs fois au cours de leur carrière, comme Claudia Cardinale, Charles Bronson, Lee Van Cleef et Sean Connery. Les réalisateurs sont évidemment mis en avant aussi : David Lean, Steven Spielberg, Terry Gilliam notamment.

Une partie très intéressante, ce sont les extraits d’interviews diffusés sur des écrans, les intéressés y reviennent sur les tournages et sur leurs expériences. Une partie un peu plus immersive et très enrichissante. Comme de bien entendu, la musique d’Ennio Morricone résonne dans les hauts parleurs des salles.

Lors de ma visite, j’ai pu en plus voir l’exposition temporaire consacrée au cinéma colonialiste espagnol, dont le long métrage représentatif est L’Appel de l’Afrique (La llamada de África, 1952) réalisé par César Fernández Ardavín. L’action se passe dans le Maroc espagnol pendant la Seconde guerre mondiale. Entre 1944 et 1959, la société de production Hermic Films a par ailleurs tourné plus de 70 films documentaires dans les territoires espagnols d’Afrique. Le but en était le rapprochement entre la péninsule ibérique et les pays du Maghreb, à des fins économiques et avec l’aval du gouvernement de Franco.

Visité en basse saison, l’extérieur du musée était en travaux et ne permettait pas de pouvoir profiter du jardin et de certaines activités, ce qui explique sans doute que l’entrée était gratuite lors de mon passage (au lieu des 3 € en temps normal). Quoiqu’il en soit, c’est une belle initiative de revalorisation d’un lieu de patrimoine, ainsi qu’une mise en avant nécessaire du lien fort entre la région et le cinéma.

Les ressources mises à disposition par l’office du tourisme d’Almería que vous pouvez télécharger en français via ces liens pour préparer votre voyage :

Si vous souhaitez partir en visite guidée à Almería ou dans le désert de Tabernas, je vous conseille de contacter l’adorable Ana Parra pour des balades accompagnées et des excursions d’un jour dans la bonne humeur à la découverte de cette région riche en histoire et en beautés naturelles. Visitez le site Ecoaventureras et n’hésitez pas à dire que vous venez de ma part 😉

Découvrir d’autres balades cinéphiles et mes visites de musées du cinéma.

Photos : @Simply.Mad 2026

Publié par Simply.Mad

Geek, cinéphile, fan de science-fiction et de bande dessinée. Aime un peu trop le chocolat.

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