
Rimini n’est pas qu’une station balnéaire populaire de la côte adriatique de l’Italie, elle est aussi la ville de naissance et de cœur du grand cinéaste Federico Fellini.
Je vous emmène à la découverte de l’incroyable musée qui lui est dédié dans la vieille ville, un parcours qui dépasse les murs d’un seul lieu – déjà unique en soi – pour s’étaler autour de plusieurs sites historiques.
Federico Fellini est né à Rimini en 1920 dans une famille de la classe moyenne qui déménageait souvent d’un coin à l’autre de la ville. Passionné de cinéma, il se nourrissait des films diffusés par le cinéma Fulgor (toujours en activité de nos jours). Adolescent, doué pour le dessin et animé d’une imagination folle, il réalise des caricatures qui lui valent d’être publié à 18 ans dans une rubrique du journal de Milan La Domenica del Corriere et plus tard dans la revue humoristique Il 420.
En 1939, il part pour Rome, officiellement pour suivre des études de droit à l’université, alors qu’il souhaite en réalité devenir journaliste, en fait il travaille très vite pour le périodique satirique Marc’Aurelio et a de plus en plus de succès. À Rome, il se rapproche du milieu artistique et plus particulièrement de celui du cinéma, il collabore à la création de gags pour des films, on l’appelle à la radio afin d’écrire pour des émissions de variété, c’est là qu’il rencontre la comédienne débutante Giulietta Masina qui deviendra sa femme, sa muse et collaboratrice de toujours.



Castel Sismondo, le château médiéval qui abrite le Musée Fellini à Rimini
Sa carrière au cinéma est lancée grâce à sa rencontre avec Roberto Rossellini, il collabore au scénario de Rome, ville ouverte de ce dernier, un long métrage qui donne une notoriété internationale au néoréalisme italien en 1945. L’année suivante, ils se retrouvent sur Païsa, cette fois Fellini est assistant sur le film. Federico va encore contribuer à l’écriture de quelques longs métrages pour d’autres réalisateurs avant de passer lui-même derrière la caméra, officiellement sur Les Feux du music-hall en 1950, qu’il coréalise avec Alberto Lattuada. L’année suivante, il réalise seul Le Cheik Blanc et en 1953 vient son premier grand succès populaire avec Les Vitelloni pour lequel il remporte le Lion d’argent à la Mostra de Venise.
Sa carrière est lancée, il écrira et réalisera 16 longs métrages supplémentaires, sans compter les courts pour des films anthologiques qui étaient alors très en vogue. Il accumule les récompenses internationales : Oscar du meilleur film étranger pour La Strada en 1957, pour Les Nuits de Cabiria en 1958, pour Huit et Demi en 1964, pour Amarcord en 1975, Palme d’or à Cannes pour La Dolce Vita en 1960, il reçoit encore un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière en 1993, année de son décès.
Cette année-là, il subit en effet une opération au cœur et part se reposer à l’hôtel de luxe de Rimini qui le faisait rêver enfant, le Grand Hotel Rimini, une crise cardiaque l’oblige à retourner à Rome où il s’éteint à l’hôpital. Il repose auprès de son épouse Giulietta Masina – décédée quelques mois après lui – au cimetière monumental de Rimini.



La chaise de régisseur de Fellini; Costumes de Fellini Roma; Statue du Christ de La Dolce Vita
En 2020, année du centenaire de sa naissance, la ville de Rimini fête le cinéaste à travers divers événements et mises en avant dans la commune, et une première exposition d’envergure est montée au Castel Sismondo, en préambule au futur musée.
C’est en 2021 que le Fellini Museum Rimini est officiellement inauguré au Castel Sismondo, une forteresse de style Renaissance du 15e siècle aussi connue sous l’appellation Rocca Malatestiana. La famille des Malatesta a régné sur la région de Rimini, d’abord une seigneurie, puis une petite principauté, pendant plusieurs siècles. À l’origine de la construction du château, Sigismondo Malatesta en fait sa résidence favorite, mais au fil du temps il est transformé en place forte par ses descendants, d’où son austère apparence de forteresse militaire. Devenu caserne au 19e siècle et ensuite prison jusqu’en 1967, on y accède par deux entrées opposées, ouvertes dans la muraille, la plus impressionnante étant celle qui donne sur la Piazza Malatesta et ses jolis plans d’eau.



Les chaises de régisseur des acteurs de Fellini; Installations en hommage à La Dolce Vita
Une fois à l’intérieur de la cour, une statue de l’acteur Alberto Sordi en « cheik blanc » vous accueille sur sa balançoire suspendue en hauteur à côté de la réception. Après avoir pénétré dans le musée, une scénographie immersive à tous les étages permet de parcourir la vie et la carrière de Fellini en long et en large. Installations artistiques, écrans multiples, accessoires de ses films, bornes interactives, storyboards de sa main, costumes, sons, tout est fait pour nous plonger dans le monde du réalisateur. Un musée qui se repose beaucoup sur le multimédia pour faire revivre les films, nous donner à entendre Fellini lui-même, nous plonger dans ses rêves éveillés…
On sait sa fascination pour les rêves et leur signification, lui qui ne jurait que par son psychanalyste Ernst Bernhard. C’est donc tout naturellement que l’atmosphère générale du lieu nous emmène dans l’irréel, plusieurs de ses illustrations y figurent d’ailleurs, tirées de son Livre des Rêves en 3 volumes.
J’y ai passé deux heures d’enchantement, déconnectée du bruit de la ville juste à l’extérieur de ses murs, à la découverte de l’homme et de son œuvre. Une expérience réellement hypnotique.



Les storyboards et le livre des rêves dessinés par Federico Fellini
J’ai particulièrement aimé la grande salle consacrée aux costumes : ici ceux de Casanova avec Donald Sutherland dans le rôle-titre, là les étranges tenues ecclésiastiques du défilé de Roma. Des costumes splendides dessinés par son collaborateur précieux, Danilo Donati, oscarisé pour son travail sur Casanova. Fellini s’entourait d’artistes avec qui il partageait une vision commune. C’était le cas du costumier et décorateur qui l’accompagna sur plusieurs longs métrages. Ce fut également le cas du compositeur Nino Rota qui créa la musique de la plupart de ses films, ce dernier est bien entendu cité dans le musée via des partitions exposées dans La chambre de la musique.




Les costumes et un accessoire du Casanova de Fellini
Parmi les œuvres surprenantes, il y a la belle endormie, cette Anita Ekberg géante, allongée dans sa robe noire, tout droit sortie du film La Dolce Vita. Les Confessionnaux qui diffusent des images de ceux qui ont travaillé avec Fellini. La Bibliothèque Fellinienne où on peut s’installer pour feuilleter les ouvrages et consulter les archives.



Le fonds photographique de la salle 14 du Musée Fellini – Amarcord
Les balançoires, inspirées de celle du Cheik Blanc, invitent à se poser un moment, à retomber en enfance, tout en regardant des extraits des films du maître diffusés sur des écrans suspendus en cercle.
Une autre salle parmi mes préférées du musée, celle des plaques photographiques. Des armoires de classement contiennent ces plaques que l’on peut sélectionner librement et ensuite diffuser via le projecteur placé devant un mur blanc. De l’interaction à l’ancienne qui révèle comme par magie de précieuses photos de tournage.




Hommage au cinéma de Fellini dans le Bosco dei Nomi; Sculpture du rhinocéros du film Et vogue le navire…
Mais la visite continue en dehors du château. Toujours partie intégrante du musée Fellini, aux abords de la place devant le château, on traverse le petit Bosco dei Nomi (le bois des noms), une œuvre de l’artiste Tonino Guerra, s’y trouvent ces espèces de tabourets de pierre gravés des noms de Fellini, Masina, Mastroianni…
Plus loin, le Banc des rêves appelle à s’y asseoir avant de poursuivre la visite, la forme circulaire du banc doré rappelle la ronde de la fin du film Huit et Demi.
C’est le soir que la place s’éveille littéralement, lorsque l’étendue d’eau devant la forteresse devient brouillard et que les épais murs de celle-ci se réveillent sous les images qui y sont projetées.
Plus loin, ne passez pas sans voir l’impressionnante sculpture en taille réelle de la rhinocéros (la rinocerontessa) qui vous guide vers le dernier lieu de ce musée étendu en centre-ville. Un hommage au film Et vogue le navire…


On termine donc la visite par le Palazzo Fulgor, la cinémathèque consacrée tout entière à l’œuvre de Fellini, située à juste titre derrière le cinéma Fulgor, le plus ancien cinéma de la ville, où Fellini adolescent traînait ses guêtres. On peut y consulter des archives numérisées, voir des affiches et des photos d’exploitation (lobby cards) ou s’installer dans la petite salle de cinéma pour y voir des extraits de films et documentaires.
C’est ici que se termine la visite, mais l’ombre de Fellini s’étend encore plus loin dans la ville. Restez à l’affût car j’ai encore quelques endroits à vous dévoiler tout prochainement.
Découvrir d’autres musées du cinéma sur le blog.
Photos : @Simply.Mad 2025
