Catherine Frot et la Belgitude

DVD du film Odette Toulemonde

Odette avait reçu un don : la joie. Au plus profond d’elle, il devait y avoir un jazz band jouant en boucle des airs entraînants et des mélodies trépidantes.

Odette Toulemonde, Éric-Emmanuel Schmitt

L’auteur à succès Éric-Emmanuel Schmitt, Belge d’adoption, s’essaie à la réalisation avec ce premier – et fort joli – film sorti en 2006.

Basé sur un scénario original, l’écrivain rédige pendant le tournage la version romancée et en fait le titre d’un recueil de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires.

Son héroïne à l’optimisme sans fond, qui voit la vie en rose dans son environnement gris, est interprétée avec beaucoup de tendresse par Catherine Frot. Odette est vendeuse au rayon maquillage du grand magasin Inno de la ville de Charleroi, en Belgique et elle réside dans une commune du grand Charleroi, dans un appartement situé à la rue Raymond Jacques à Marcinelle. Veuve, elle vit avec son fils coiffeur, Rudy et sa fille sans emploi, Sue Helen (interprétés par les jeunes comédiens belges Fabrice Murgia – actuel directeur du Théâtre national de la Communauté française – et Nina Drecq).

La ville de Charleroi a grandement été mise à contribution puisque les extérieurs ont été tournés dans les communes de Marcinelle (la cité où vit Odette), de Jumet (le salon de coiffure) et de Marchienne-au-Pont. C’est le vrai magasin Inno que l’on voit à l’écran et qui n’a d’ailleurs pas changé depuis le tournage.

Par contre, les colonnades sous lesquelles Odette et son auteur préféré, qui vient s’incruster dans sa petite vie bien tranquille (Balthazar Balsan interprété par Albert Dupontel), se promènent en ville ont disparu en 2015 pour laisser place au centre commercial Rive Gauche. Situé jadis au beau milieu du boulevard Tirou, le bâtiment commercial des Colonnades, datant des années 1950, reste imprimé dans la mémoire des gens de la région. Je me souviens avoir souvent arpenté le lieu lors de virées de shopping en famille ou entre amis, au temps où la rue de la Montagne était une artère commerçante pleine de vie… Cette scène du film rend nostalgiques ceux qui l’ont connu, surtout qu’en comparaison, le bâtiment de Rive Gauche est juste moche, architecturalement parlant.

Grand magasin Inno, librairie Molière et le boulevard Tirou à Charleroi

L’intérieur de l’appartement d’Odette était quant à lui recréé en studio à Bruxelles. Petite tromperie lors de la scène de la seconde séance de dédicace de Balthazar Balsan à laquelle assiste Odette : la librairie n’est pas située à Namur comme dans le scénario, mais bien à Charleroi, juste en face de l’Inno. Il s’agit de la très belle librairie Molière qui est installée dans l’ancien Hôtel des Postes édifié au tout début du 20ème siècle et classé depuis 1992.

Je digresse, mais dans la première partie du film, lorsque notre héroïne fantasque aux faux airs de Mary Poppins se rend à la première séance de dédicace à Bruxelles, elle descend du bus près du Mont des Arts. Bon, je ne crois pas qu’il y ait eu, même à l’époque du tournage, un bus direct Charleroi-Bruxelles, mais passons ce détail amusant quand on connaît nos transports en commun (edit : voir en bas).

Le Mont des Arts se trouve à proximité de la Gare Centrale, ce jardin en terrasse mène des rues commerçantes de l’Îlot Sacré vers le quartier des musées. Odette passe devant la fontaine intitulée L’Oreille Tourbillonnante (Whirling Ear) du sculpteur américain Alexander Calder, à l’origine installée devant le pavillon américain de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958. Derrière se trouvent le magnifique bâtiment Art Nouveau Old England et l’église Saint-Jacques-sur-Coudenberg, la paroisse royale du 18ème siècle.

Odette prend son envol à côté de la petite église Sainte Marie-Madeleine avant de courir dans la Galerie de la Reine et de tourner dans la Galerie des Princes où se trouve la librairie Tropismes, c’est là qu’elle fait la file et c’est réellement l’intérieur de la librairie qui sert de lieu de tournage à la séquence suivante. Tropismes occupe un bâtiment qui abritait autrefois le Blue Note, club de jazz prestigieux de la capitale dans les années 1960. Entre ses dorures et colonnes d’un autre temps et la splendide mezzanine, le décor est aussi intéressant à regarder que les rayonnages de livres qui n’en finissent plus.

Odette prend ensuite un chocolat chaud au Mokafé, une institution dans la Galerie du Roi juste à côté de la librairie.

Fontaine L’Oreille Tourbillonnante, Mont des Arts et rue de la Madeleine à Bruxelles

Il est particulièrement appréciable de remarquer que la géographie des lieux a été respectée à la lettre pour cette séquence du film, on sent qu’Eric-Emmanuel Schmitt connaît bien la ville pour y avoir vécu pendant longtemps.

Dernière partie du film, tout le monde se retrouve à la Mer du Nord. Odette et sa famille (y compris son ami imaginaire Jésus, qui donne lieu à des séquences succulentes tout le long du film) louent une maison de pêcheur probablement à La Panne car la plage que nous voyons à l’écran est bien celle-ci. Plus tard, lorsque Balthazar achète une maison en bord de mer, en lieu et place de la côte belge, nous sommes en fait de l’autre côté de la frontière, au Crotoy en Baie de Somme.

Galeries Royales Saint-Hubert à Bruxelles, Côte belge

Parmi les autres lieux de tournage, on peut reconnaître le bar Jesus Paradise à Bruxelles où mangent Odette et Balthazar, et qui a fermé ses portes depuis.

A Paris se sont également déroulées quelques scènes (lorsque Balthazar est emmené en ambulance, notamment) et on peut reconnaître deux brasseries : la renommée Brasserie Lipp sur le boulevard Saint-Germain, avec son décor 1900 quasi inchangé, et Le Sully.

Je termine ici ma visite des lieux vus dans le film Odette Toulemonde et vous propose maintenant d’aller écouter les chansons de la légendaire Joséphine Baker pour vous mettre de bonne humeur. Ça marche pour Odette, alors pourquoi pas ?

Déjà lu ces articles à propos de Bruxelles et Charleroi ?

Vous pouvez retrouver toutes les images tirées du film Odette Toulemonde dans la rubrique Galerie de photos du site.

  • edit : on m’a fait remarquer sur Facebook qu’il y avait bien une ligne de bus TEC qui reliait Jumet à Bruxelles-Midi et qui se rapprocherait donc de la ligne Charleroi-centre/Bruxelles-centre empruntée par Odette dans le film, il s’agit de la ligne spéciale 365a. Merci à Patrick Leonard pour cette précision 😉
Photos : @Simply.Mad 2020 et 2021 + @Lena 2021 pour les photos de Bruxelles (et captures du DVD d'Odette Toulemonde, Melimedias 2006)

Publié par Simply.Mad

Geek, cinéphile, fan de science-fiction et de bande dessinée. Aime un peu trop le chocolat.

Un avis sur « Catherine Frot et la Belgitude »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :